La poésie est un genre littéraire très ancien arborant de multiples facettes. La plus emblématique d’entre elles s’incarne dans la versification, mais n’en demeure point l’unique expression. Ainsi, tenter de qualifier la poésie avec une définition globale serait vain, tant cette dernière a évolué au fil des âges. L’évolution naturelle du genre se caractérise par une simplification majeure – même si l’évolution n’est ni linéaire, ni absolue – jusqu’à aboutir à une poésie en prose, totalement libre. Aujourd’hui la poésie a cessé d’être un genre majeur [ndlr : nous nous concentrerons sur la poésie d’aujourd’hui lors du prochain article]. Voici néanmoins un bref historique, simplifié, de la poésie et j’insisterai en particulier sur ce qui me correspond le plus en termes de style ou d’affinité.

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Erato et Apollon sculptés (photomontage)

Divinités associées à la poésie :

Erato est la muse de la poésie lyrique et érotique. Son nom vient du grec ancien et signifie « Désiré ». Depuis la Renaissance elle est représentée ornée d’une couronne de roses et tenant une lyre. Comme les autres muses elle est fille de Zeus [ndlr : Erato aurait tout à fait pu être le nom donné à ce blog].

Apollon est le dieu de la beauté et des arts, de la musique et de la poésie. Il est donc fortement associé à Erato.

Antiquité :

A l’origine la poésie désigne des textes se servant de la rythmie (influencée de fait, par une éventuelle versification) et bon nombre d’effets sonores pour faciliter leur mémorisation et donc la transmission orale. Puis progressivement l’évolution du genre devenant plus restrictif viendra désigner ce qui est écrit en vers (évolution sur plus de 1000 ans).

Initialement, toute personne est considérée comme un poète, dès lors qu’elle écrit des textes. Le verbe grec (poiein) signifie « faire, créer » : le poète est donc avant tout un créateur. On compte à cette époque 3 genres : la poésie lyrique, l’épopée et la poésie dramatique. Théâtre, chant et art oratoire se réunissent donc sous la même bannière : « poésies ».
Il faut distinguer l’antiquité latine (Virgile, Ovide…), de l’antiquité grecque (Hésiode, Homère…).

Moyen âge (476-1492):

Au Moyen âge la poésie était essentiellement chantée et mis en musique par les troubadours, lesquels la mettait à disposition du peuple qui ne savait (en majorité) pas lire. Des épopées retraçant les exploits de héros guerriers sont retranscrites au travers des « chansons de gestes » dont la chanson de Roland qui est la plus célèbre. 

A cette époque la poésie concernait aussi le roman, avec le très célèbre Tristan et Yseult écrit en vers. Peu à peu la poésie en alexandrin se répand jusqu’à se généraliser à la fin du Moyen âge pour donner le visage que l’on connaît à la poésie (vers, rimes).
Au Moyen âge, les auteurs explorent les sentiments et le lyrisme prédomine.

Renaissance (1492-1600) :

Historiquement la Renaissance est habitée par une pensée humaniste et un retour à l’antiquité. Elle donne lieu à d’immenses découvertes (1492 : découverte de l’imprimerie) entrainant une effusion de connaissances.

Au tout début de la Renaissance, des poètes nommés « les grands Rhétoriqueurs », commencent à jouer avec la langue française et surtout avec les sonorités. Ils proposent une poésie novatrice, complexe et surchargée d’effets de styles.

Les poètes de la pléiade comme Joachim Du Bellay et Pierre de Ronsard rejettent les formes médiévales et notamment les grands rhétoriqueurs. Il y a l’apparition du sonnet et un enrichissement de la langue (ajout de mots venant du latin par de nombreux néologisme). La poésie devient alors de qualité extrême et d’une grande beauté dans la langue, à l’image des poésies latines tant et tant admirées par ces auteurs. Du contexte des guerres de religion vont également naître des poésies engagées avec par exemple Ronsard côté catholique et Agrippa d’Aubigné côté protestant.

XVIIième siècle, poésie baroque et classicisme :

La poésie baroque (1600-1630) désigne un ensemble de poésies que l’on oppose aux poésies classiques pour leur manque de rigueur, leur style jugé trop complexe ou trop lourd ou encore parce que l’exploitation du sentiment amoureux est exubérante. Ici le poète s’adresse aux sentiments du lecteur plus qu’à sa raison, la forme importe plus que le fond.

Les règles de versification deviennent par la suite très strictes avec la codification de François de Malherbe et la recherche de la perfection devient un but. Ceci opère alors la transition vers le classicisme (autour et après 1630). Le courant classique rejette alors le soi, les sentiments et le lyrisme. Il s’oppose et rejette les excès du baroque. La forme fusionne avec le fond. La langue est plus claire et la mesure devient la règle. Les poètes s’adressent à la raison plus qu’aux sentiments du lecteur. Il faut également citer 
Jean de La Fontaine qui remet la fable au goût du jour (elle vient de l’antiquité). C’est un genre à la fois plaisant et didactique : qui instruit par sa morale.

 

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Jean de La Fontaine (1621-1695)

Le renard et le corbeau

Au XVIIIème siècle, il n’y a quasiment pas de poésie : c’est le siècle des lumières et le savoir prime sur l’art. Il se développe une littérature d’idées. André Chénier est peut-être un des rares auteurs à mentionner. Sa poésie comprend des réécritures de poèmes antiques, des élégies personnelles, des poèmes philosophiques et des poèmes politiques marqués par le contexte révolutionnaire. 

Le XIXème siècle :

Ce siècle est à mon humble avis le plus riche en termes de poésies, une sorte de paroxysme poétique qui s’illustre par différents genres :

La poésie romantique

La notion de lyrisme prédomine, le poète parle de ses sentiments, de sa tristesse, de son angoisse du temps, de la nature avec laquelle il communie et bien entendu de l’amour. Le lac de Lamartine – œuvre monumentale – évoque la tristesse de l’auteur [ndlr : Alphonse de Lamartine] lié à son souvenir d’une femme décédée.

Il y a de nouveau un renouvellement de la forme avec de plus en plus de familiarité et un allègement de la versification qui progressivement vont amorcer la prose.

Le poète Victor Hugo est une figure majeure de la poésie française et du romantisme, il est très connu pour son engagement (contre Napoléon III) avec le poème Melancholia qui dénonce le travail des enfants par exemple.

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Alphonse de Lamartine (1790-1869)
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Victor Hugo (1802-1885)

Le symbolisme 

RimbaudVerlaine, Mallarmé, sont tous des poètes très connus. Ils décrivent des symboles liant le monde visible à un invisible idéal. Leurs créations sont très mystérieuses voire énigmatiques, elles interrogent la complexité de l’existence et créent une atmosphère irréelle. In fine, il s’agit de la fusion de l’aspect ésotérique du romantisme et de l’esthétisme du parnasse. Il y a là encore un renouvellement total de la langue, avec de nouveaux sens donnés aux mots. 

Paul Verlaine est connu pour ses vers impairs qui apportent de la musicalité à la poésie tandis qu’Arthur Rimbaud a marqué l’histoire en apportant une réflexion sur la poésie entre autres via « la lettre du voyant ». Il est aussi connu pour ses envies de révolte contre la bourgeoisie.

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Paul Verlaine (1844-1896)

Baudelaire 

Charles Baudelaire est à la croisée du romantisme et du classicisme, il est aussi précurseur du symbolisme et parnassien. 

Sa poésie complexe mêle la réalité du quotidien laide et repoussante de laquelle il souhaite extraire de la beauté. Son œuvre les « fleurs du mal » est l’expression de son mal-être, de sa dépression qu’il nomme « spleen » (le mal) et de son accès à l’idéal, quelque chose de beau (les fleurs). Rappelons qu’il a tenté de mettre fin à ses jours sans y parvenir peu avant d’écrire un des plus beaux recueils de poésies connu [ndlr : les fleurs du mal en 1857].
Il est aussi un précurseur dans la forme avec les premiers poèmes en prose.

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Charles beaudelaire (1821-1867)

Le Parnasse 

Théophile Gautier en est l’emblème. Il rejette le sentiment, il rejette l’engagement social (vus précédemment). L’art se satisfait à lui-même, il devient non plus un moyen de, mais une fin en soi. C’est l’art pour l’art. Il n’y a pas d’idées à diffuser. La forme du poème prime sur le fond. Il s’agit d’un véritable culte de la beauté s’en s’apparenter à un néo-classicisme, car la décadence est de mise.

Le XXème siècle :

Il y a beaucoup de tendances au cours de ce siècle puisque toutes les formes sont possibles et toutes les libertés sont prises : du calligramme aux versets…

L’esprit nouveau 

Guillaume Apollinaire, opère un renouvellement de la forme par les calligrammes où la poésie s’apparente à de la peinture. Il y aussi un renouvellement des thèmes (modernité). La tour Eiffel est un calligramme d’Apollinaire qui montre ses différents renouvellements.

Le surréalisme 

Ce mouvement naît de l’horreur de la première guerre mondiale et d’un monde qui perd son sens. André Breton, Robert Desnos et consorts vont tenter de lui redonner un sens en explorant l’inconscient. Ils utilisent le vers libre et d’abondants jeux grammaticaux (zeugmes, jeux de mots et autres figures de styles), pour créer des images surprenantes. Éluard dira par exemple : « la terre est bleu comme une orange ».

Louis Aragon et Paul Éluard sont connus pour leur poésie engagée, pendant la résistance.

Autres noms très connus du mouvement surréaliste, Paul Valéry à rapprocher du symbolisme et Jacques Prévert que l’on connaît tous.

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La tour eiffel de Guillaume Apollinaire
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